PARER D’APLOMB

(par Denis LEVEILLARD)

 

Un pied est considéré comme "paré d’aplomb " quand la corne a été taillée de façon à ce que la surface solaire offre une surface d’appui plane et que l’angle ainsi donné au sabot (donc à PIII) impose des contraintes minimums aux articulations du doigt. Le centre de pression statique (CPS) se trouve alors à peu près au milieu de la fourchette, à environ 1 cm de la pointe.

 

Le travail de parage du maréchal ferrant est de conserver, au pied du cheval, un aplomb adapté à sa morphologie générale et plus particulièrement celle de ses membres.

Un mauvais aplomb induira des contraintes en tension des ligaments, et/ou des tendons d’un côté de la colonne osseuse et en compression des cartilages ainsi que des os du côté opposé. Ceci qui se concrétise par un déplacement du CPS à l’opposé des tensions vers les zones comprimées.

Une erreur de parage, en induisant des contraintes articulaires et donc une modification des pressions dans le pied entraînera des modifications de la boîte cornée dues au stress et aux surcharges. On pourra observer du côté tendu du doigt une accélération de l’avalure (pousse de la corne), alors que du côté comprimé on observera lignes de stress, seimes, bleimes, déformation de la couronne.

 

Le parage n’a d’action directe que sur la position de PIII dans le plan frontal, le plan sagital, ou une combinaison des deux.

On ne peut pas modifier la position horizontale de PIII par le parage.

 

Modifications sagittales de l’aplomb :

Lorsqu’on modifie les angles du pied dans le plan sagital on modifie aussi l’état de tension des ligaments et des tendons qui stabilisent l’équilibre dorso-palmaire du pied.

 

 

Tous les maréchaux ont pu observer que la pousse de la corne venait toujours corriger les modifications qu’ils tentaient d’apporter à l’angle sagital du sabot.
Si les modifications provoquées par le maréchal ont assez peu de conséquences sur le plan sagital dans la mesure où elles sont ponctuelles c’est parce que l’articulation du pied est faite pour travailler dans ce plan et les ligaments et tendons qui en dépendent sont très résistants aux efforts qui leur sont demandés.

 

Recherche du bon aplomb medio-lateral :

 

 


Dans le plan frontal toute contrainte articulaire en torsion va compresser les os et les cartilages articulaires du côté de la fermeture des angles et solliciter à l’excès le ou les ligaments collatéraux opposés.

Les cartilages compressés se vident de leur eau et ont donc tendance à disparaître, le côté compressé des os se surminéralise avec risque d’apparition de suros, d’ostéophytes…. Du côté opposé, les ligaments tiraillés risquent de se minéraliser (apparition d’entesophytes à leurs insertions), de perdre de leur élasticité, voir de se rompre.

 

Puisque au lever les articulations du doigt des antérieurs ne sont pas contraintes (quand on tient le membre par le canon), la vue de profil permet de reconnaître que la position relative des rayons osseux est tout à fait comparable à celle que l’on peut voir lorsque le membre est posé et vertical (statique).

 

Cette position relative devrait donc rester inchangée vue de face ou de derrière (dans le plan frontal). C’est dans cette optique que beaucoup de théories préconisent l’usage du T d’équerre qui apporte une aide précieuse lorsque la conformation du cheval est proche de l’idéal, mais qui connaît vite ses limites quand l’individu présente des défauts d’aplomb dans le plan frontal (en adduction ou en abduction).

 

 

 

 

 

 

 

 

     

  • Chez un cheval idéalement conformé, le canon se trouve perpendiculaire à la surface du sol. Il est donc normal et nécessaire, chez lui, que la surface solaire du sabot lui soit perpendiculaire lorsque l’observateur juge le plan du parage au lever.

     

  • Chez le cheval à la conformation imparfaite, lorsque le canon forme avec le sol un angle non perpendiculaire, il paraît logique que le maréchal par son parage respecte cette particularité anatomique en conservant un angle surface solaire/canon semblable à l’angle canon/sol.

 

 

C’est selon ce principe que nous avons imaginé le TDL. Il s’agit d’un T ajustable qui permet, dans un premier temps, de matérialiser l’angle canon/sol en plaçant la barre longue du T derrière le canon et dans son axe, la petite barre placée sur le sol parallèlement aux glômes.

 

 

Nous obtenons ainsi un relevé de l’angle canon/sol propre au membre et fonction de sa conformation, qu’elle soit parfaite ou non.

On pourra ensuite utiliser le TDL ainsi réglé pour juger le plan de parage au lever en plaçant à nouveau la grande barre du T derrière le canon et en vérifiant que la surface solaire du sabot et la petite barre du T sont bien parallèles ou dans le même plan.

 

Ce système a malheureusement lui aussi ses limites et n’est fiable que sur des chevaux n’adoptant pas de position antalgique en statique (certains chevaux qui se tenaient en appui déséquilibré sur leurs antérieurs ont donné des résultats complètement faussés).

 

D’autre part, le relevé des angles est de fait imprécis à cause des imperfections du sol et des changements d’attitude du cheval pendant l’opération.

 

Le TDL, plus qu’un outil est une idée. C’est aussi la matérialisation de ce que beaucoup de maréchaux expérimentés ressentent sans pouvoir l’expliquer. Ce peut être une aide à l’évaluation du plan de parage pour certains maréchaux confrontés à des problèmes d’aplombs délicats.

 

Nous avons rapproché cette méthode de la méthode qui consiste à localiser le centre de pression statique (CPS) sur nombre de chevaux présentant des défauts d’aplomb médiaux-latéraux et horizontaux, les résultats se sont révélés probants :

 

     

  • Lorsque l’aplomb correspondait à celui matérialisé par le TDL, le CPS se trouvait centré : la fourchette à environ 1 centimètre en arrière de l’apex.

     

  • Lorsque l’aplomb ne correspondait pas, le CPS se trouvait décalé du côté paraissant insuffisamment paré.

Cette méthode a permis de résoudre plusieurs cas de seimes quartes et talons chevauchés.