PARAGE ET SOINS AUX PIEDS DU JEUNE CHEVAL

Par Fabrice Cavé (Haras du pin)

           Introduction

Quelques rappels anatomiques

Les différents types et fréquences d’intervention du maréchal-ferrant

Soins des pieds et manipulation des poulains

Incidence des facteurs extérieurs sur les aplombs

Approche économique

Bibliographie

       

Parages et soins aux pieds du jeune cheval

 

 

A l’aube du 21ème siècle, le vieil adage « Pas de pied, pas de cheval » est toujours d’actualité : Les cavaliers, les entraîneurs… demandent aux chevaux de plus en plus d’efforts et essaient toujours de prolonger au maximum une carrière sportive souvent interrompue par des pathologies de la locomotion. Il est donc important de traiter le problème dès le départ, c’est-à-dire durant toute la période d’élevage. Et même si certains éleveurs négligent l’entretien des pieds de leur poulinière ou de leur poulain, on constate que les professionnels sont de plus en plus attentifs au parage et au soin des pieds du jeune cheval.

Compte tenu de la complexité des aplombs (et surtout de leur incidence biomécanique) il semble nécessaire dans un premier temps, d’aborder le problème sous un angle théorique (anatomie, aplombs corrects, principales déviations…) de manière à pouvoir détecter d’éventuels défectuosités.

Mais afin d’effectuer les corrections nécessaires, les propriétaires, les maréchaux-ferrants et, dans les cas les plus graves, les vétérinaires, devront former une véritable équipe pour obtenir un travail de qualité (manipulation des poulains, suivi des parages et des ferrages …)

Bien sûr, toutes ces interventions ont un véritable coût qu’il faudra prendre en considération lors de la vente.

Ainsi, le jeune cheval pourra débuter sa carrière dans des conditions optimum mais il faudra toujours tenter de prévenir les pathologies liées à certaines disciplines…

Rappels anatomiques

Les pieds du cheval sont particulièrement exposés puisqu’ils supportent (sur une surface relativement faible) tout le poids du cheval.

Les pressions exercées sur les pieds peuvent dépasser la tonne dans certaines conditions (réception d’obstacles…). On comprend alors l’importance des aplombs afin d’éviter des surcharges ou des tiraillements.

Compte tenu de la complexité de ces aplombs, il est important de pouvoir les dissocier dans l’espace.

Les mauvais aplombs, ou plus exactement les déviations des rayons osseux sont donc classés selon trois plans. Voir schéma A

Figure 1 – Observations des aplombs dans l’espace (D. Leveillard)

 

 

 

 

 

 

 

Le plan frontal s’observe en regardant le membre de face (valgus, varus). Voir schéma B

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PHOTO C - Poulain atteint d’une hyperlaxité tendineuse (postérieurs)

Le plan sagittal correspondant à l’aplomb du membre vue de profil. On pourra, par exemple détecter un cheval brassicourt, ou long et bas jointé. Voir photo C

Le plan horizontal est le plan parallèle au sol et s’observe en se plaçant dans l’axe du cheval (au dessus du membre). Il s’agit en fait d’une rotation de l’articulation (chevaux panards ou cagneux).

La difficulté à observer les aplombs réside dans le fait qu’un même cheval peut avoir des déviations sur le plan sagittal, horizontal et frontal ! ! Ces déviations peuvent être soit acquises, soit congénitales ! ! Voir schémas D et E

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SCHÉMA D

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SCHÉMA E

Mais avant de pouvoir évaluer les déviations, encore faut-il connaître le cheval aux aplombs parfaits. Afin de mieux comprendre l’influence des aplombs dans les contraintes articulaires et tendineuses, il me semble important de rappeler quelques notions d’anatomie et de biomécanique.

A l’intérieur de la boite cornée, on distingue trois os :

La troisième phalange (os du pied ou phalange distale), une partie de la deuxième phalange (os de la couronne ou phalange moyenne) et l’os naviculaire (petit sesamoïde). Tous ces os sont reliés entre eux par un système ligamentaire important (ligaments collatéraux, ligaments annulaires…). Ainsi, lorsqu’il y a des défauts d’aplombs, certains ligaments sont hypertendus et d’autres hyperlaxes.

Enfin, deux tendons se rattachent sur l’os du pied (P3). Il s’agit du tendon extenseur dorsal (au niveau du processus extensorus) et du tendon fléchisseur profond (se rattachant sous P3). Pour diverses raisons on peut par exemple observer un rétrécissement de ce dernier (le perforant) entraînant ainsi un pied « bot ».

La croissance du poulain s’effectue surtout lors de sa première année. L’allongement des os longs par l’intermédiaire des plaques de croissance (cartilage de conjugaison ou cartilage épiphysaire) permet au poulain de grandir normalement et progressivement.

Toutefois si les pressions exercées sur les articulations sont trop importantes ou même trop faibles, il y a alors un disfonctionnement des cartilages épiphysaires : les défauts d’aplombs s’accentuent et la situation peut devenir catastrophique.

Cette approche rapide de l’anatomie et des aplombs permet de situer la difficulté des problèmes. Il est donc capital de faire appel à de vrais professionnels pour corriger ou simplement entretenir les pieds des jeunes chevaux.

 

Intervention du maréchal-ferrant

Mais quand le maréchal-ferrant doit-il intervenir ? La réponse est simple : le plus tôt possible. Il faudra donc intervenir en premier lieu sur les poulinières : en effet, des pieds trop longs ou en mauvais état entraînent un handicap pour leurs déplacements. Ainsi, des carences alimentaires apparaissent et peuvent nuire à leur bonne santé, et par voie de conséquence au bon développement du poulain.

Dès la naissance du foal, il faudra observer les aplombs et la locomotion. Attention à ne pas paniquer : certains foals naissent avec de très mauvais aplombs (mauvaise position fœtal) mais dans la plupart des cas, ces défauts se corrigent d’eux-mêmes très rapidement (hyperlaxité tendineuse…). Et, s’il subsiste quelque défectuosité, le maréchal-ferrant pourra toujours tenter d’y remédier si l’intervention est effectuée avant que les cartilages de croissance se ferment.

Si le défaut d’aplomb se situe plutôt sur une partie proximale du membre (haut du membre : genou, jarret…), l’intervention du maréchal-ferrant ne pourra pas être efficace (le vétérinaire pourra y remédier grâce à certaines médications ou chirurgies). Toutefois lorsque les problèmes se posent au niveau des articulations interphalangiennes (articulations du pied…), l’action du maréchal sera particulièrement importante et permettra dans bien des cas de « redresser » le foal.

Il est d’ailleurs possible de ferrer ou plus exactement de coller des « fers » sur les pieds des foals dans les cas extrêmes. Les « fers » à coller sont d’autant plus efficaces qu’ils peuvent être posés très tôt (même si la paroi est très fine : foal, pur-sang). Voir schéma F

 

 

SCHEMA F – Les « fers » collés

 

 

 

 

Les maréchaux–ferrant et les vétérinaires ne peuvent intervenir efficacement que si les « jeunes » ont été préparés. La manipulation des jeunes chevaux est capitale pour pouvoir effectuer un travail de qualité sans prise de risque inconsidérée.

Il est important que les premières interventions du maréchal-ferrant se déroulent dans le calme et dans de bonnes conditions matérielles.

En général, les premiers « parages » s’effectuent entre 4 et 6 semaines environ (sauf cas particulier). Actuellement de nombreux maréchaux-ferrants constatent que les jeunes chevaux ne sont pas ou peu « manipulés » ; le travail devient alors dangereux et moins précis.

Mais dans tous les cas, l’éleveur devra être quotidiennement attentif à ses poulains et détecter d’éventuels déviations ou des difficultés dans la locomotion. Certains problèmes d’aplombs peuvent apparaître progressivement et s’empirer avec le temps si les soins ne sont pas prodigués.

 

 

Incidence des facteurs extérieurs sur les aplombs

 

Il faudra aussi prendre en compte les nombreux facteurs ayant une influence sur les aplombs.

Les défauts d’aplombs d’ordre congénitaux ne sont pas rares et peuvent être éviter en opérant un sélection des poulinières (et des étalons !)

L’alimentation joue aussi un grand rôle : elle doit être équilibrée, suffisante mais pas trop abondante !

De nombreux éleveurs suralimentent les foals et les poulains. On observe alors une surcharge pondérale entraînant inéluctablement des efforts sur les articulations (poulains atteints d’ostéochondrose disséquante…)

Les maladies orthopédiques du développement (MOD) sont connues depuis longtemps et font maintenant l’objet de nombreuses recherches scientifiques. Très souvent une croissance trop rapide est la cause essentielle de ces maladies. Mais le système actuel oblige les éleveurs à produire des chevaux performants très jeunes. Le problème semble difficile à résoudre ! !

Les chevaux, qu’ils soient jeunes ou âgés ont aussi besoin d’activités (pré, paddock…) pour assurer une bonne irrigation au niveau des articulations et du pied.

Enfin, l’état des terrains (trop durs…) peut parfois nuire aux bons aplombs du poulain.

 

Soins des pieds

 

Lorsque le poulain atteint l’âge d’un an, les parages pourront s’effectuer toutes les 6 à 8 semaines (+ ou – souvent selon les individus…). Ce qui, par exemple, permettra d’éviter l’apparition de seime…

L’entretien des pieds ne se limite pas à l’intervention du maréchal-ferrant. L’éleveur devra aussi régulièrement curer les pieds et les graisser. En ce qui concerne la fréquence du graissage et la nature des onguents, les avis sont très partagés. Mais il est certain qu’un cheval au boxe nécessitera plus d’entretien (au niveau des pieds) qu’un cheval en pâture. Le graissage des pieds permet aussi de manipuler le cheval, et détecter d’éventuelles atteintes ou problèmes.

Pour les pieds très secs, on préfèrera un onguent blond à base d’huile de laurier (pour les parois). Par contre, certains poulains (et particulièrement en Normandie) ont les pieds plats, c’est à dire, une sole très peu concave et très faible. On pourra dans ce cas employer du goudron de Norvège afin de la durcir.

Parfois, lorsque les poulains (1 an) ont des pieds très sensibles, il est utile et même indispensable de les ferrer des antérieurs (pour des raisons évidentes de sécurité, le ferrage des postérieurs est à proscrire en élevage !). Toutefois, il faut savoir que les premières ferrures doivent s’effectuer le plus tard possible, lorsque cela est nécessaire.

Les jeunes chevaux sont donc très souvent ferrés pendant le débourrage (18 mois chez les trotteurs, trois ans chez les Selle Français)

Si les poulains ont été correctement suivis et manipulés, les premières ferrures se déroulent dans le calme et relativement rapidement (ferrage uniquement des antérieurs : les jeunes chevaux sont peu patients.)

Enfin l’éleveur se doit d’anticiper les éventuels problèmes pouvant se présenter durant l’élevage : il faudra éviter les barbelés, les cailloux (silex), risquant de provoquer des abcès de pieds à répétition. D’ailleurs, est-il nécessaire de rappeler que les poulains doivent être vaccinés contre le tétanos dès la naissance. Le suivi des parages permettra aussi de détecter d’éventuels seimes, fourmilières…

Approche économique

Mais toutes ces interventions ont un véritable coût. 

Le prix du parage se situe entre 100 et 150F HT : après deux ou trois ans d’élevage, le poulain qui a été régulièrement entretenu, a déjà nécessité (rien qu’en maréchalerie !) un véritable investissement. Et même si la facture peut paraître élevée, ces parages s’avèrent nécessaires puisqu’ils sont garants de la qualité : qualité des aplombs, qualité de la locomotion… Pour le vendeur, c’est un argument de vente à ne pas négliger. Enfin, cet investissement pourra être rentabilisé à long terme : les chevaux régulièrement suivis sont mieux notés en modèles et allures, sont sélectionnés pour les ventes aux enchères… Il faut aussi souligner que les chevaux ont des carrières sportives prolongés, ce qui, au cours des années permet de mettre un élevage en valeur.

L’importance du parage n’est plus à démontrer et il faut essayer de sensibiliser les éleveurs. Le maréchal-ferrant pourra effectivement « optimiser » (à court, moyen et long terme) la locomotion du jeune cheval. Toutefois, pour obtenir un parage ou un ferrage de qualité, la préparation des poulains (manipulation) est primordiale. Les interventions sont délicates et techniques, c’est pourquoi éleveurs, palefreniers, vétérinaires et maréchaux-ferrants doivent former une véritable équipe afin de satisfaire le bien-être du cheval…

Enfin n’oublions pas qu’un cheval n’a de valeur qu’en fonction du bon ou du mauvais état de ses membres et de ses pieds !

Bibliographie :

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Cazieux A., Oberdorff J.M. Défauts d’aplomb chez le poulain. 7ème congrès des maréchaux & vétérinaires, Cluses 3&4 février 1995 : p 27-33

Dehalleux F., Maréchalerie – Warnant-Dreye : Françoise Bondu Dehalleux Editeur, 1988 – 248 p.

Körber H-D., Le pied du cheval : sabots, ferrures, maladies – Paris : Editions Vigot, 1999 – 178 p - ISBN 2 7114 1379 9

Leroy L., La correction d’aplomb des poulains : une question d’expérience. Infor maréchalerie 1996, n°61 : p 40-52

Ovnicek G., Le cycle naturel de la vie du doigt du cheval. Infor maréchalerie 1998 ; n°75 : p 6-20

Samaille J-P., Maladies orthopédiques de développement : le rôle crucial de l’alimentation. Cheval Santé 2000 ; n°10 : p 82-85